Regarde les lumières, mon amour

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Présentation de l'éditeur

Pendant un an, Annie Ernaux a tenu le journal de ses visites à l'hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situé en région parisienne. «Voir pour écrire, c'est voir autrement», écrit-elle. On redécouvre en effet à ses côtés le monde de la grande surface. Loin de se résumer à la corvée des courses, celle-ci prend dans ce livre un autre visage : elle devient un grand rendez-vous humain, un véritable spectacle. Avec ce relevé libre de sensations et d'observations, l'hypermarché, espace familier où tout le monde ou presque se côtoie, atteint la dignité de sujet littéraire.

Annie Ernaux est écrivain. Elle est notamment l'auteur de "La place" (1984), "La honte" (1997), "Les années" (2008) aux éditions Gallimard.

Extrait du livre

Il y a vingt ans, je me suis trouvée à faire des courses dans un supermarché à Kosice, en Slovaquie. Il venait d'ouvrir et c'était le premier dans la ville après la chute du régime communiste. Je ne sais si son nom - Prior -venait de là. A l'entrée, un employé du magasin mettait d'autorité un panier dans les mains des gens, déconcertés. Au centre, juchée sur une plate-forme à quatre mètres de haut pour le moins, une femme surveillait les faits et gestes des clients déambulant entre les rayons. Tout dans le comportement de ces derniers signifiait leur inaccoutumance au libre-service. Ils s'arrêtaient longuement devant les produits, sans les toucher, ou en hésitant, de façon précautionneuse, revenaient sur leurs pas, indécis, dans un flottement imperceptible de corps aventurés sur un territoire inconnu. Ils étaient en train de faire l'apprentissage du supermarché et de ses règles que la direction de Prior exhibait sans subtilité avec son panier obligatoire et sa matonne haut perchée. J'étais troublée par ce spectacle d'une entrée collective, saisie à la source, dans le monde de la consommation.
Je me rappelais la première fois où je suis entrée dans un supermarché. C'était en 1960 dans la banlieue de Londres et il s'appelait simplement Supermarket. La mère de famille qui m'employait comme fille au pair m'y avait envoyée, munie d'une poussette de marché - ce qui me déplaisait -, avec une liste de denrées à acheter. Je n'ai pas le souvenir précis de mes pensées et de mes sensations. Je sais seulement que j'éprouvais une certaine appréhension à me rendre dans un endroit qui m'était étranger à la fois par son fonctionnement et par la langue que je maîtrisais mal. Très vite j'ai pris l'habitude d'y flâner en compagnie d'une fille française, au pair elle aussi. Nous étions séduites et excitées par la diversité des yaourts - en phase anorexique - et la multiplicité des confiseries - en phase boulimique - nous octroyant alors la liberté d'engloutir dans le magasin le contenu d'un paquet de Smarties sans passer à la caisse.
Nous choisissons nos objets et nos lieux de mémoire ou plutôt l'air du temps décide de ce dont il vaut la peine qu'on se souvienne. Les écrivains, les artistes, les cinéastes participent de l'élaboration de cette mémoire. Les hypermarchés, fréquentés grosso modo cinquante fois l'an par la majorité des gens depuis une quarantaine d'années en France, commencent seulement à figurer parmi les lieux dignes de représentation. Or, quand je regarde derrière moi, je me rends compte qu'à chaque période de ma vie sont associées des images de grandes surfaces commerciales, avec des scènes, des rencontres, des gens.
Je me rappelle :
Carrefour avenue de Genève à Annecy, où en mai 1968 nous avons rempli à ras bord un chariot - pas encore «caddie» - parce qu'on craignait la pénurie totale de vivres.

Les mots préférés de Annie Ernaux

  • «Lumière»
     
    Un mot immense et doré qui contient tout ce qu'il y a de beau et de bien dans le monde. Les étoiles, la lueur de l'aube, le vitrail, les illuminations de Noël. Et aussi les idées, l'art, le progrès de l'humanité Cette réalité impalpable - dont la disparition le 11 août 1999 en plein midi a donné une impression de fin du monde - je la vois répandue sur la cohorte infinie des gens qui m'ont précédée, sur les jours de fête et les dimanches. La mémoire est lumière. Je vois l'écriture comme l'effort têtu de creuser un souterrain vers la lumière. Annie Ernaux
     

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