Eux & nous

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Présentation de l'éditeur

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Quand Bibijan, bientôt octogénaire, se résout enfin, sous la pression de ses deux filles, à quitter Téhéran, elle a pour destination Los Angeles, siège d'une vaste communauté iranienne en exil, où son aînée, Goli, a fondé une effrayante famille qui se veut plus américaine que nature. Mais la vieille dame n'est pas davantage attirée par Paris, où vit sa cadette, Lili, artiste conceptuelle bohème, dont sa mère a découvert non sans répulsion l'appartement incommode sous les toits d'une décevante Ville Lumière. Armée de la précieuse "carte verte" dont chacun ne cesse en vain de lui vanter les vertus, Bibijan, qui ne vit plus, de fait, que pour connaître le sort de son fils, Ali, mystérieusement disparu dans les montagnes kurdes, navigue, ballottée entre ses filles qui se disputent son destin, dans les décors d'un Occident dont l'a d'emblée révulsée le matérialisme éhonté qui semble avoir gravement contaminé l'exil de ses compatriotes.
À travers le destin d'une famille incarnant une communauté aux mille visages qui transcende les frontières, Bahiyyih Nakhjavani dresse, sous les dehors d'une satire jubilatoire, l'attachant portrait, toutes générations confondues, d'un peuple qui, déchiré par la succession des tyrannies anciennes et nouvelles, et désormais seulement relié par l'usage de la langue ancestrale partagée, ne cesse d'osciller entre nostalgie et déni, offrant ainsi, sur l'histoire d'une nation régulièrement placée sous les feux de l'actualité la plus névralgique, un éclairage aussi inédit que subversif.

Née en Iran, Bahiyyih Nakhjavani a grandi en Ouganda, avant de faire ses études en Angleterre puis aux États-Unis, et vit désormais en France. Elle est l'auteur, chez Actes Sud, de trois romans : La Sacoche (2000), Les Cinq Rêves du scribe (2003), La Femme qui lisait trop (2007).

Extrait du livre

1

NOUS

Il y avait un bon moment que nous attentions la parution du livre. Un sujet d'une telle évidence, qui n'attendait que d'être exploité. Un thème en or. Nous savions qu'il renforcerait notre confiance en nous, et notre confiance en nous avait grand besoin de renfort après tout ce qui nous était arrivé. C'était une histoire privée, bien sûr, mais nous pensions qu'elle représentait bien le Zeitgeist de l'époque. Nous sommes des millions, après tout, et couvrons la gamme entière de l'espèce humaine : hommes et femmes, jeunes et vieux, radicaux et conservateurs, pro-ceci, anti-cela, et tout l'intermédiaire. Et, aussi, on nous trouve littéralement partout, éparpillés sur la planète, en Europe et en Australie, au Canada et aux États-Unis. En vérité, nous avons même élu résidence en Chine, en Amérique latine et dans certaines régions d'Afrique, ainsi que dans les Émirats arabes unis, bien que certains de ces pays ne comptent guère, bien entendu, lorsqu'il s'agit de l'industrie du livre. Intéressant, ceci : à quel point le monde est petit dès lors qu'il s'agit de l'industrie du livre. Mais où qu'il parût, et en quelque langue que ce fût, nous étions certains que le livre aurait un lectorat abondant.
Notre histoire allait devenir un best-seller, un bbckbuster : elle envahirait le monde comme un raz de marée. Elle franchirait le cap des premières sélections pour figurer dans les dernières, passerait des plateaux télévisés aux documentaires et ferait bien sûr le buzz pour les prix littéraires ; il y aurait des tournées de conférences de l'auteur, il ou elle. Nous nous sommes interrogés un moment à ce sujet ; nous nous faisions quelque souci à propos de l'auteur, nous devons l'admettre. Ce serait sans doute une femme, déduisions-nous, parce que les Iraniennes sont ces temps-ci l'objet de toute l'attention des médias, qu'elles écrivent bien ou mal. Cela nous ennuyait un peu, pour être honnête. Piquait notre orgueil, quelque part. L'une des plus rudes réalités de l'exil a été pour nous la constatation que ce sont nos femmes qui, invariablement, attirent sur elles l'attention : artistes, scientifiques, actrices, astronautes, lauréates du prix Nobel, suicidées. Mais on ne peut décider de tout après une révolution, n'est-ce pas ? En dernière analyse, la reconnaissance compte plus que le genre. Et il était sans conteste grand temps que l'on nous reconnût. Nous attendions depuis longtemps une forme de reconnaissance, forme d'attention sérieuse, autres que celles qui nous étaient accordées régulièrement chaque fois que nous passions devant des services d'immigration.
La question essentielle était : quelle forme le livre emprunterait-il ? Fiction ? Analyse factuelle ? Certains d'entre nous espéraient un commentaire d'avant-garde, une étude sociopolitique relative à "l'Aryen originel, d'hier à nos jours". D'autres pensaient qu'un chef-d'oeuvre littéraire aurait plus de chic, un éblouissant premier roman intitulé Les Exilés de Malibu ou quelque chose de ce genre, une histoire qui saisirait ce long et humide hiver de notre déracinement. Le plus souvent, nous ne voulions qu'un récit simple et venu du coeur à propos d'amour impossible ou de dysfonctionnement familial, avec un titre comme Schéhérazade dans les faubourgs, peut-être. Nous nous serions même contentés d'un manuel pratique, dix chapitres faciles à lire mais dotés d'un sous-titre ardu, tel que "Comment traiter les effets psychologiques secondaires du syndrome diasporique". N'importe quoi, à vrai dire, du moment qu'il s'agirait de nous, du mot de la fin à notre propos.
Cela nous passionnait. D'un jour à l'autre, nous prévoyions la parution du livre. Mais rien ne se passait. Nous attendîmes, pendant des semaines, puis des mois. Mais toujours rien. Des élections furent truquées, des artistes assignés à résidence, des jeunes arrachés aux trottoirs et privés d'éducation, des cours universitaires effacés de disques durs et réduits à la clandestinité, et aucun livre ne paraissait. Rien. Nous dévorions les comptes rendus critiques, nous fouillions les archives. Mais notre histoire n'avait pas été écrite. Pas même à titre historique, sans parler du temps présent. Pas même, brièvement, dans The Economist. Pas même en français. Nous, les Iraniens à la première personne du pluriel, n'existions tout simplement pas sous forme imprimée.
(...)

Les mots préférés de Bahiyyih Nakhjavani

  • «Exubérance»
     
    Exubérance : "Ce mot, au moins en anglais, porte les connotations de joie, d'enthousiasme, et surtout de mouvement et d'énergie positive. Pour moi, c'est un mot qui contient l'émotion de la découverte, de la surprise, d'une troisième possibilité entre deux conditions impossibles. C'est un mot plein de l'intoxication qu'on trouve en utilisant une métaphore, par exemple, le sens de l'unité dans les dissemblances, la liberté cachée dans les idées opposées et contradictoires. Ce mot est mon compagnon chaque fois que j'écris une histoire."
     

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