Des femmes en noir

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Présentation de l'éditeur

À la mort d'un vieux prêtre, les responsables de son diocèse découvrent qu'il s'agissait d'une femme. Sans que personne ne s'en doute, elle exerçait paisiblement sa vocation depuis des années. Abasourdi, consterné, l'évêque décide de diligenter une enquête, chargeant un prêtre plus jeune et la chancelière de l'évêché de comprendre comment, pourquoi et avec quelles complicités une telle supercherie a été possible. Le père Bernard-Marie, aussi ardent qu'austère, et Charlotte, la juriste qui aime son Église passionnément sans s'aveugler sur ses faiblesses, ont beau avoir des visions divergentes sur la juste manière d'affronter la vérité, ils vont ensemble sonder la vie de Pascal Foucher et rassembler les témoignages de tous ceux qui l'ont, sinon connu, du moins côtoyé. Mais si l'un aimerait instruire à charge, l'autre ne peut se défendre d'admirer le courage de celle qui a enfreint l'interdit.
Dans ce roman libre et singulier, Anne-Isabelle Lacassagne interroge avec humour et tendresse la vocation féminine mais aussi les rapports homme-femme dans l'Église d'aujourd'hui.

Auteure de livres pour enfants, dont Le Mordcul aux Éditions du Rouergue (2011), Anne-Isabelle Lacassagne est membre d'un service diocésain. Des femmes en noir est son premier roman pour adultes.

Extrait du livre

Chapitre 1

L'homme s'arrêta un moment avant de continuer à écrire. Le père Foucher l'avait laissé libre. Libre d'inventer, de mentir ou de dire la vérité, dans son intégralité ou par petits bouts. C'était une des choses qui le touchaient chez lui. Cette capacité du curé à faire confiance.
Il était particulier. Un peu trop. C'était bien là le problème.
Pourtant il avait aimé cela chez lui. Cette singularité. Cette liberté.
Ses choix n'avaient pas de logique, sinon ceux de ses propres désirs, comme des sentiers de braconnage dans sa tête. Le père Foucher aimait s'évader des chemins tout tracés. C'était sûrement pour cela qu'il l'avait choisi comme médecin traitant, lui le petit généraliste qui soignait surtout des grippes et des infections urinaires. Parce qu'il l'avait vu qui filait au cinéma quand cela se bousculait trop dans la salle d'attente. Le médecin, comme le prêtre, refusait parfois de faire ce qu'on attendait de lui. Il pratiquait la fugue, comme un art de vivre. Tout le monde a des cachettes, pensa le toubib. Celles du père Pascal Foucher étaient juste un peu plus risquées que les siennes.
«Respect, curé» murmura-t-il.
La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, ils s'étaient renifles tous les deux. Le médecin avait senti son regard doux et amusé posé sur lui. Le père Foucher accompagnait une vieille dame qui les avait saoulés de paroles. Doucement, délicatement, le curé avait dénoué le flot des mots et il était entré dans son monde. Le médecin n'avait pu faire autrement que de suivre. Elle était repartie sans ordonnance.
Drôle de bonhomme que celui-là, s'était dit le médecin en refermant la porte. Un type qui vidait le temps autrement et qui vous obligeait à s'adapter. On ne lui en voulait que rarement, comme s'il nous avait fait un cadeau en nous forçant à ralentir.
Ce jour-là, le père Foucher l'avait mis en retard puis il l'avait quitté, avec son petit sourire en coin, comme si c'était justement ce qu'il voulait obtenir, bouleverser les heures à venir, balayer les rendez-vous. Allez hop ! du balai. Dégagez par le vide.
Ils s'étaient aimés tous les deux. Avec leurs mystères, avec leurs secrets. Ils s'étaient reconnus, d'abord sans parole, en taiseux. Des écouteurs discrets à qui l'on raconte des tas de trucs et qui les gardent pour eux, des pudiques qui ne parlent jamais d'eux-mêmes, comme si ce n'était pas intéressant, mais surtout deux grands curieux.
Qu'est-ce que les gens faisaient de leurs vies ? Comment l'utilisaient-ils ? Est-ce qu'ils la subissaient ? Se laissaient-ils aller très mollement ou au contraire imprimaient-ils leur marque ? Lui sondait les corps et le curé les âmes. Deux langues différentes pour s'adonner à la même curiosité. Leur monde n'est pas celui que vous croyez. Ils en ont même des quantités.
(...)

Les mots préférés de Anne-Isabelle Lacassagne

  • «Légèreté»
     
    Parce que cela n'a l'air de rien, mais c'est dans une brise légère que Dieu est apparu à Elie. Comme quoi sous la légèreté, se cache parfois l'éternité.
     

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